ANKA SCHMID

Cœur au ventre

[Titre original:  Mit dem Bauch durch die Wand]

Documentaire  2011, 35mm 1:1,75 Dolby SR, SR-D, 93 min.

Image: Cœur au ventre 

Ce documentaire sur le long terme traite de trois mères adolescentes qui ont fait prévaloir leur désir d'enfant anarchique contre l'esprit dominant de notre époque. Ce film témoigne de la phase de transition entre l'adolescence et le devenir de jeune femme, vécue en même temps que la maternité. Ces jeunes filles ont été filmées durant quatre ans dans le cadre de leur parcours professionnel et de leur sphère privée avec enfant, compagnon ou ex-ami, copines, parents, frères et sœurs, et ont été interrogées sur leurs états d'âme, leurs désirs et leurs rêves. Une chronique filmée à l'épilogue ouvert.

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Elles se prénomment Sandra, Jasmine et Jennifer, elles vivent dans l’arrière‐pays lucernois, à Bâle, près de Thoune et elles ont un point commun: elles ont conçu un enfant alors qu’elles étaient encore mineures. Elles n’avaient pas encore dix‐huit ans lorsqu’elles ont accouché de Jason, Armando et Tanijsha. Elle avait toujours su qu’elle voulait avoir des enfants rapidement déclare Sandra aujourd’hui avec assurance. Malgré cela, elle était loin d’être à l’aise lorsqu’elle et son petit ami Marcel ont dû annoncer à ses parents qu’ils seraient bientôt grands‐parents alors qu’elle n’avait encore que dix‐sept ans. Heureusement, ceux‐ci ont réagi de manière assez cool à l’annonce de cette nouvelle. Ils ont offert leur soutien aux jeunes parents et qu’ils seraient à disposition de leur petit enfant chaque fois que cela serait nécessaire. Jennifer a elle aussi reçu du soutien dans sa famille. Auparavant, elle était une „véritable petite morveuse“: toujours de sortie, ne tenant pas en place, en bagarre avec sa mère et tout le reste de la famille. La grossesse a permis à Jennifer de se calmer. Et c’est ainsi que sa mère lui a offert de revenir à la maison. Elle en est heureuse, car son petit ami Mwhati est, comme l’exprime Jennifer, „encore trop jeune et pas un véritable père“ et, peu de temps après la naissance de Tanijsha, plus non plus son petit ami. A peine 16 ans, il est en pleine crise d’adolescence. Il veut être libre, il se laisse entraîner et commence à faire du rap. La présence d’un enfant ne change rien aux erreurs et confusions amoureuses et aux périodes tumultueuses propres à la jeunesse. Mais la vie avec un enfant est bien différente de ce que l’on s’imagine dans ses rêves roses d’adolescente. C’est un défi. Il met toute relation à l’épreuve. Roman voulait cet enfant, dit Jasmine alors qu’Armando n’avait que quelques mois. Mais, entre‐temps, notre grand amour s’est refroidi. Jasmine ne sait pas ce qu’il va advenir de leur relation – par la suite, Roman n’apparaît que sporadiquement. Il faudra quatre ans pour qu’il reconnaisse sa paternité et signe un contrat de pension alimentaire, étant devenu entre‐temps un jeune homme bien rangé. A cette époque,

Jasmine a un nouveau compagnon. Une année auparavant, la jeune Bâloise avait constaté qu’il était difficile de trouver un ami avec un enfant à charge. Elle a grandi en partie dans un foyer, elle n’a pas de famille intacte qui la soutient et elle a de la peine à affronter la solitude. Par chance, elle a un grand nombre d’amis qui lui rendent visite à elle et à son fils : Armando est un véritable bébé de clique. On le promène en véhicule militaire, il peut accompagner sa maman et ses amis au carnaval, on fête son anniversaire en grande pompe. Même pour se rendre aux services sociaux et au service de consultation pour les jeunes mères elle se fait accompagner. Elle est méfiante. Elle veut se prouver à elle et au reste du monde qu’elle gère au mieux la situation avec Armando, mais finit toujours par arriver à ses limites : Jasmine se cherche, comme bien d’autres jeunes de son âge. Elle ne sait pas ce qu’elle se veut, vit au jour le jour, passe son temps à rêver. Armando est à la fois son appui et son fardeau. La vie avec un enfant n’est pas toujours facile lorsque l’on n’est soi‐même pas encore tout à fait adulte et ne sait pas encore où la vie va nous mener. Sandra et Marcel ont eux les visions les plus concrètes. Tout deux étaient en plein apprentissage lorsque Jason vint au monde. Mais Jason leur donne des ailes. Maintenant plus que jamais, se dit Sandra. Elle finit son apprentissage parmi les meilleurs et se réjouit de sa réussite. „Je leur ai montré“, rayonne‐t‐elle, tenant son diplôme dans ses mains. Elle prend un appartement avec Marcel et Jason, se marie et se trouve rapidement enceinte de son deuxième enfant: les quatre forment une petite famille heureuse. Mais Jennifer et Jasmine prennent elles aussi de l’assurance à mesure que grandissent leurs enfants. Jasmine fait un stage. Elle a trouvé en Elso un compagnon fiable qui est devenu un merveilleux papa de remplacement pour son petit Armando. Entre‐temps, Jennifer vit dans son propre appartement avec Tanijsha. Elle travaille dans un home pour personnes âgées, apprend à conduire et suit une formation de soignante. Mwhati s’est repris en main. Il fait des stages en vue d’un apprentissage, rend visite à sa fille plus fréquemment et écrit du rap au sujet de sa paternité: „Ça ne marche pas toujours bien. Pour bien des choses il faut beaucoup de force, de fierté et de courage. Le passé est passé. Laisse‐les défiler. Saisi ta chance. Maintenant ou jamais.“


RéalisationAnka Schmid
ScénarioAnka Schmid
CaméraPatrick Lindenmaier, Anka Schmid
SonDieter Meyer, Anka Schmid
MontageMarina Wernli, Matthias Bürcher
MusiquePeter Bräker, Darko Linder
CollaborationSound Design & Mix: Christian Beusch
Animation: Peter Volkart
Durée93 min.
Format35mm 1:1,75 Dolby SR, SR-D
Format tournage35mm
CréationSolothurn, 23.1.2011
Festivals/ProjectionsSolothurner Filmtage 2011
Berlinale 2011
Sheffield 2011
Bejing, May Festival 2011
Kaunas, 5th Kaunas International Film Festival,2011
Zlin, 51st Zlin International Film Festival for Children and Youth, 2011
Frauenwelten Tübingen, 2011
Distribution en SuisseColumbus Film – Steinstrasse 21, CH-8036 Zürich
Tel. Tel. +41 44462 73 66 – Fax: Fax +41 44 462 01 12
info@columbusfilm.ch http://columbusfilm.ch
ProductionFranziska Reck, RECK Filmproduktion GmbH, Schweizer Radio und Fernsehen
Droits mondiauxRECK Filmproduktion GmbH
ISAN0000-0002-A1B2-0000-G-0000-0000-Q
N° Suisa1008.261


Official Link: www.mitdembauch-film.ch/


Annotations d’Anka Schmid

Ces jeunes filles audacieuses, qui ont décidé spontanément de garder leur enfant, me fascinent. Leur confiance et leur goût du risque sont en opposition avec les courants de pensée actuels marqués par des projets de vie mûrement réfléchis dans lesquels les enfants sont prévus de plus en plus tard et les grossesses précoces sont devenues tabou. Les parents adolescents m’intéressaient et j’ai eu envie de mieux les connaître. Pour le droit suisse, ils sont encore trop jeunes pour pouvoir assumer la responsabilité d’un enfant et se trouvent confrontés tous les jours aux préjugés et aux problèmes. En même temps, ils débordent d’énergie vitale et réalisent d’immenses poussées dans leur évolution. Je savais qu’avec ce documentaire de longue durée je me lançais dans une réelle aventure. Il ne s’agissait pas d’une entreprise de courte durée, mais bien d’une relation s’étendant sur de nombreuses années avec toutes les joies et les peines qui jalonnent la vie des jeunes adultes. J’ai suivi mes protagonistes dans leur cadre de vie durant presque quatre ans, je les ai observés, interrogés. C’est ainsi que je suis devenue le témoin de leur évolution, d’adolescents en jeunes adultes. Le projet du film a débuté par la recherche de jeunes gens appropriés. Cette recherche s’est révélée être pleine d’obstacles. Car, pour des raisons de protection des données, personne n’avait l’autorisation de me donner l’adresse de jeunes filles mineures enceintes ou de parents adolescents. Après une année de recherche intensive, j’ai trouvé cinq couples passionnants qui formaient un ensemble intéressant grâce à leurs différences. Deux couples d’adolescents follement amoureux, un couple venant de se séparer et deux mères élevant seules leurs enfants. La première soutenue par son cercle d’amis, la deuxième vivant dans un foyer pour jeunes mères. Les endroits de domicile étaient tout aussi différents que les situations personnelles: certains vivaient à la campagne, les autres en ville et tous dans des cantons différents, ce qui se reflète dans le film et donne le charme propre aux différents dialectes. Mont but était de montrer les protagonistes dans leur vie quotidienne et ce de la manière la plus authentique possible. Pour arriver à cela, j’ai réalisé consciemment la plus grande partie du tournage seule. J’ai tourné avec une petite caméra HDV peu visible et un microphone émetteur. Le travail de caméra, d’interview et de technique de son a constitué pour moi un grand défi tant personnel que technique. Mais cette façon de travailler m’a permis de passer presque inaperçue dans les situations intimes et de pouvoir réagir de manière flexible à chaque changement d’horaire. Ceci fut important, car dans la vie de mes protagonistes beaucoup de projets, de décisions et de rendez-vous se décident de manière très spontanée. Après le tournage, le processus de travail s’est étendu dans le montage : 150 heures de matériel ont dû être réduites pour arriver à deux heures. Il a fallu présenter trois ans et demi de la vie de trois mères adolescentes en 90 minutes. Ceci tout en voulant en aucun cas transgresser la limite très étroite entre la révélation et la ridiculisation. Ceci a eu pour conséquence que j’ai décidé de ne pas intégrer l’une des mères dans le film. La divulgation de son histoire aurait entraîné trop de conséquences et aurait été trop accablante pour elle et son enfant. Le fait de réduire le film à la représentation de trois histoires s’est révélée être un avantage. Ainsi, le film en a gagné en clarté et en profondeur. Lorsque j’ai commencé mes recherches pour ce film, j’avais 44 ans et étais moi-même mère d’un fils de 11 ans. Je m’intéressais particulièrement à la problématique de l’hostilité face aux enfants dans notre société et au désir individuel et archaïque de concevoir des enfants. Au cours de mes recherches, j’ai rencontré de toutes jeunes mères qui revendiquaient leurs enfants avec tout leur courage. J’ai été immédiatement fascinée par la détermination et l’attitude pleine d’assurance de ces mères adolescentes. Elles m’ont convaincue de faire un film dont le sujet central serait très consciemment leur courage de vie. Novembre 2010